sciences, Vie de la fondation

Créé en 1999, le CIRALE (Centre d’Imagerie et de Recherche sur les Affections Locomotrices Équines), site décentralisé de l’École nationale vétérinaire d’Alfort et propriété du Conseil régional de Basse-Normandie, est aujourd’hui leader dans le diagnostic et l’étude des affections de l’appareil locomoteur du cheval-athlète, qui affectent leur bien-être et leurs performances.

Le Pr Fabrice Audigié, directeur de cet établissement depuis l’année dernière, se livre à notre rituel bimestriel du questions-réponses sur son parcours, son implication dans la recherche équine, et ses ambitions pour le CIRALE avec la Fondation Hippolia.

 

Fabrice Audigie

©CIRALE

Fabrice Audigié :

  • Professeur en Imagerie et Pathologie Locomotrice Equines
  • Membre associé Grands Animaux du College Européen d’Imagerie Vétérinaire (LA-Ass. ECVDI)
  • Habilitation à Diriger les Recherches (HDR)
  • Thèse d’Université en Biomécanique et Physiologie du Mouvement (PhD)
  • Docteur en Médecine Vétérinaire (DMV) – Médaille d’Argent de la Faculté de Médecine de Créteil

 

 

Quel est votre parcours ? Et pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans la santé équine ?

 

J’ai poursuivi un cursus d’études vétérinaires classique à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA). J’étais intéressé par la santé animale en général, mais passionné par les chevaux depuis mon enfance j’ai voulu me spécialiser en santé équine pour associer cet intérêt tout personnel à mon métier. J’ai pu commencer à travailler sur des problématiques liées à la locomotion du cheval très tôt, avec le Pr Jean-Marie Denoix lors de mon service militaire en 1993. En effet, j’ai pu bénéficier d’une mise à disposition pour participer avec lui à l’établissement de bilans radiographiques complets pour le recrutement des chevaux de la Garde Républicaine, qui accueillait chaque année 70 nouvelles montures.

Cette première collaboration avec le Pr Denoix s’est révélée constructive et a permis d’instaurer une relation de confiance, si bien qu’à la suite du départ d’un enseignant-chercheur de l’EnvA, il m’a été proposé d’intégrer le service « Anatomie ». Ainsi jusqu’à l’année 2000 j’ai suivi une carrière universitaire au cours de laquelle mon intérêt pour la recherche et mes compétences en imagerie se sont considérablement développés. Lors de cette période j’ai également achevé une thèse d’université qui portait  sur l’analyse cinématique des boiteries du cheval.

 

Racontez-nous l’aventure CIRALE et quel est aujourd’hui votre rôle dans la recherche en tant que directeur de cette structure.

 

Le CIRALE a vu le jour en novembre 1999 après quelques années de maturation, nécessaires pour trouver nos partenaires et financeurs, mais également pour affiner notre projet. Lors de cette ouverture, nous étions avec le Pr Denoix les 2 enseignants-chercheurs opérationnels à temps plein sur place. A cette époque il s’agissait d’un sacré challenge ! Le CIRALE a en effet été le premier site équipé de matériels de si haute technologie pour la santé équine : nous pouvions réaliser des examens à l’aide de l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) et de scintigraphie osseuse. Pour ma part, je m’étais formé à ces techniques dans une clinique de la région parisienne les deux années qui ont précédé l’ouverture du CIRALE. Je m’occupais donc principalement de la partie imagerie, alors que le Pr Denoix, le directeur à l’époque, intervenait principalement sur la partie clinique.

Aujourd’hui nous sommes une vingtaine de personnes à travailler au CIRALE, avec 4 enseignants-chercheurs, 2 cliniciennes « seniors », 2 résidents, et 8 internes que nous accueillons tous les ans. Tous sont vétérinaires. Nous comptons aussi quelques personnes en charge de l’administratif. Bien que le Pr Denoix m’ait cédé sa place en 2014 à la direction de ce centre unique au monde, il est toujours présent à nos côtés et joue un rôle prépondérant dans le rayonnement de notre savoir-faire à l’international. Ce changement de direction constitue toutefois une nouvelle étape charnière dans l’histoire du CIRALE, alors que la plateforme Hippolia de Goustranville s’apprête à subir de nouveaux travaux d’aménagement pour son activité.

Aujourd’hui en tant que directeur, mon rôle dans la recherche équine se répartit autour de deux axes principaux :

  • Définir les projets scientifiques stratégiques à mener au CIRALE dans le cadre de l’unité de recherche Inra-EnvA BPLC (Biomécanique et Pathologie Locomotrice du Cheval), localisée au CIRALE. Mon implication et mon action dans ces projets liés à la performance et à la santé du cheval passent également par l’établissement de liens et de partenariats étroits avec l’université de Caen Basse-Normandie, mais aussi avec les industriels de la santé équine, pour les impliquer à nos côtés dans des projets ambitieux et innovants.
  • Accompagner les projets scientifiques du CIRALE dans lesquels l’imagerie occupe une part prépondérante et traduire leurs résultats afin de les rendre exploitables par les équipes de recherche partenaires. A titre d’exemple, dans le projet EQUILYSE, des examens échographiques et IRM sont pratiqués afin de déterminer les effets bénéfiques potentiels d’un nouveau traitement des tendinopathies en phase aiguë. La lecture exacte de ces examens est capitale pour déterminer l’efficacité de cette thérapie moléculairenovatrice.

En parallèle de cette activité de recherche, il est également important de noter que depuis 15 ans notre activité a fortement contribué à la diffusion des connaissances au sein de la communauté des vétérinaires équins et mixtes, mais également à des transferts de compétences. Aujourd’hui des dizaines de praticiens libéraux, ainsi que des cliniques vétérinaires équines, réalisent des prestations d’imagerie après avoir été formés au CIRALE.

 

 

Le CIRALE a des projets de développement à court et moyen terme, comment s’articule leur pilotage avec la Fondation Hippolia ?

 

En lançant une nouvelle phase de travaux et d’acquisition de matériel médical de pointe, le CIRALE a l’ambition d’affirmer son leadership dès 2016 et de devenir le plateau technique d’imagerie médicale dédié au cheval le plus important et le plus moderne au monde. La Fondation Hippolia s’investit clairement à nos côtés comme moteur dans cette stratégie de développement.

Ainsi, une extension des capacités d’imagerie est prévue dans les mois à venir avec la construction d’une nouvelle aile en continuité du bâtiment existant. Elle sera dédiée à l’imagerie sectionnelle avancée. Ces locaux seront équipés d’un scanner grand diamètre qui permettra de réaliser des images du corps entier de poulains et des régions volumineuses du cheval adulte, telles que le grasset, le bassin ou la colonne vertébrale cervicale, et peut être la région du dos chez des chevaux plus petits. Une IRM haut champ viendra enfin compléter notre équipementpour obtenir des images extrêmement précises des os, du cartilage articulaire et des tendons – éléments clés pour des cas cliniques complexes tout comme nos programmes de recherche futurs.Nous serons les seuls en France à détenir et à utiliser ces machines qui viendront compléter et renforcer nos équipements actuels déjà très performants.

En plus de ce plateau technique exceptionnel d’imagerie, le CIRALE va se doter d’une carrière et d’une piste d’entrainement pour procéder à des tests d’effort ou de performance in situ, et permettre ainsi d’affiner les diagnostics en condition réelles d’exercice. Ces outils sont essentiels dans le cadre de nos activités cliniques et de recherche en pathologie locomotrice, médecine sportive et réhabilitation.

Enfin, dans le cadre du développement de thérapies non-médicamenteuses pour traiter les affections locomotrices, un projet lié à la kinésithérapie et à la réhabilitation fonctionnelle est actuellement en cours de finalisation.

Dans tous ces projets, la Fondation Hippolia nous accompagne pour monter les dossiers d’aide et de subvention auprès des collectivités, de l’Etat et de l’Union européenne. Son support nous est aussi précieux pour recourir au soutien financier du Fonds Eperon, ainsi que pour lever des fonds auprès d’entreprises et de mécènes privés.

 

 

Propos recueillis par Yann SOUILLET-DESERT

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