Découverte, sciences

Principalement connu pour ses activités d’imagerie et de diagnostic des affections de l’appareil locomoteur du cheval, le CIRALE s’apprête à franchir une nouvelle étape de sa jeune histoire en construisant un centre de recherche en kinésithérapie et réadaptation fonctionnelle équine : KINESIA.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du développement stratégique de cette structure détachée de l’EnvA absolument unique au monde, dont le but est clairement de conserver son leadership dans le diagnostic des troubles locomoteurs, mais plus seulement. L’objectif annoncé est maintenant d’apporter des solutions thérapeutiques, sans recours à la chirurgie ou aux médicaments.

 

 

Compléter les activités existantes avec une approche thérapeutique

 

En lançant récemment une nouvelle phase de travaux et d’acquisition de matériel d’imagerie de pointe, le CIRALE a clairement affiché son ambition de leadership pour devenir le plateau technique d’imagerie médicale dédié au cheval le plus important et le plus moderne au monde. Toutefois, cette stratégie de développement passe aussi par la diversification de ses activités.

 

En plus de ce plateau technique exceptionnel d’imagerie, le CIRALE va se doter d’une carrière et d’une piste d’entrainement pour procéder à des tests d’effort ou de performance in situ, et permettre ainsi d’affiner les diagnostics en condition réelles d’exercice. Il est vrai que le CIRALE s’est avant tout spécialisé dans le diagnostic et a de par ses activités de recherche permis des progrès significatifs dans la détection de lésions de l’appareil locomoteur.

 

Or, il est aussi nécessaire de procéder à des avancées sur le plan thérapeutique afin de pouvoir apporter les soins appropriés aux lésions détectées. Dans ce cas, la chirurgie et les traitements médicamenteux peuvent apporter des solutions, mais ces moyens sont limités : tout ne peut être traité par la chirurgie ou par des médicaments. Aussi, selon le diagnostic établi, une autre alternative existe : la kinésithérapie, ou thérapie par le mouvement.

 

Comme l’explique le Pr Jean-Marie Denoix, ancien directeur du CIRALE, spécialiste en kinésithérapie équine et diplômé du Collège américain de médecine sportive et réhabilitation : « un cheval est fait pour bouger ! Et il est prouvé, autant en médecine humaine qu’en médecine équine, que les lésions tissulaires cicatrisent mieux et plus vite lorsqu’elles sont soumises à un exercice régulier. Le travail est bénéfique ! Mais l’adaptation des soins et des actes techniques à prodiguer sur le cheval patient atteint de lésions est nécessaire pour d’une part éviter toute aggravation, et pour d’autre part favoriser la cicatrisation. Il s’agit là de deux conditions sine qua none à la réadaptation fonctionnelle. »

 

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Faire progresser la kinésithérapie équine

 

Ces préceptes en vigueur depuis quelques décennies maintenant en médecine humaine, et notamment dans le domaine sportif, ont été prouvés scientifiquement et font toujours l’objet de recherches qui appellent à l’innovation industrielle et à l’émergence de nouvelles techniques de soin.

 

Depuis quelques années, le marché de la santé équine voit émerger chaque année de nouveaux produits, transfuges de ceux existant en médecine humaine. Certains industriels, mais aussi beaucoup de start-ups, voient en la filière équine un potentiel significatif en termes de création de richesse et de croissance. Il est vrai que la multiplicité des épreuves de sports équestres (amateurs et professionnelles) et de courses hippiques, associée à la notion du bien-être animal, de plus en plus au cœur des préoccupations des socioprofessionnels et de la société, apparaît comme une aubaine.

 

De même, des centres de soins équins en balnéo-, thalasso- ou hydrothérapie, selon les différents termes utilisés, ont ouverts çà et là depuis quelques années. Ces structures équipées de piscines, de bassins, ou à proximité de la mer, offrent des prestations de remise en forme à des chevaux fatigués, souffrants ou en convalescence qui peuvent s’accompagner d’actes techniques : massages musculaires et tendineux, manipulations ostéoarticulaires, étirements, etc.

 

Seulement que sait-on au juste de tous ces produits et de ces pratiques ? Sont-ils prouvés scientifiquement ? Sont-ils toujours adaptés aux lésions ? La littérature scientifique et les tests cliniques manquent encore aujourd’hui pour attester de l’efficience et de la pertinence de certains d’entre eux en fonction des troubles locomoteurs. La kinésithérapie équine relève aujourd’hui essentiellement de connaissances et de pratiques empiriques.

 

Or, au CIRALE, l’objectif du Pr Denoix est d’aborder la kinésithérapie comme un champ disciplinaire spécifique de la médecine équine : « Avant de procéder à un traitement ou à un soin, il est nécessaire de bien identifier les lésions, de connaître leurs causes, leurs origines. Il faut savoir ce que l’on traite ! Pour ce faire, l’examen clinique est incontournable, avec l’aide des techniques d’imagerie médicale si cela s’impose. Un diagnostic s’établit à partir d’un examen documenté ! » À ceci le Pr Denoix ajoute que « la connaissance parfaite de l’appareil locomoteur du cheval est un prérequis incontournable, de même que la connaissance des exercices et des situations permettant d’une part de solliciter les zones lésées pour les réadapter aux contraintes biomécaniques, et d’autre part de limiter la douleur. » En effet, en fonction des lésions identifiées lors de l’examen clinique, des solutions peuvent être envisagées grâce à différents moyens, comme la ferrure kinésithérapique, le travail sur sols adaptés, mais aussi la nature et l’intensité des exercices, comme le détaille le Pr Denoix au travers de différents exemples illustrés lors de son intervention aux équirencontres du Salon du Cheval de Paris.

 

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D’ici 2018, le CIRALE sera équipé d’un nouveau bâtiment dédié à la kinésithérapie, « KINESIA », doté d’une piscine panoramique, de locaux d’examen et de soins, et de locaux d’hébergement. Ces équipements seront au centre de programmes de recherche pour tester des traitements kinésithérapiques et observer, suivre leur efficacité. Ces travaux de recherche permettront de mettre à l’épreuve des produits et techniques de soins, de valider ou invalider leurs effets, d’identifier leurs indications et contre-indications, mais également d’écrire (ou réécrire), mais surtout de standardiser des protocoles de traitement. Ainsi les vétérinaires et les centres de soins de la filière équine bénéficieront d’informations scientifiques documentées et objectives sur la qualité et l’utilisation appropriée de certains produits et techniques utiles à la rééducation du cheval-athlète.

 

 

Une formation dédiée aux vétérinaires équins

 

Toutefois, si les actes techniques et de soins relèvent de la responsabilité de praticiens spécialisés et expérimentés, le diagnostic des lésions locomotrices et la prescription de traitements kinésithérapiques adaptés reviennent aux vétérinaires équins. Mais encore faut-il que ceux-ci soient parfaitement formés à la biomécanique des lésions de l’appareil locomoteur et de leurs contraintes.

 

Aussi, à la demande de l’AVEF (Association des vétérinaires équins de France) et sous l’égide de l’École nationale de vétérinaire d’Alfort, un diplôme d’école (DE) en cinésiologie[1], physiothérapie et réadaptation vétérinaire, option équine, ouvrira prochainement. Le but de cette formation diplômante est de permettre aux vétérinaires équins :

  • d’acquérir une connaissance accrue de l’examen physique et approfondi de l’appareil locomoteur et de la locomotion pour l’évaluation du patient, sous l’angle global et dans ses spécificités lésionnelles et fonctionnelles régionales,
  • d’utiliser des méthodes et techniques manuelles et instrumentales, et de prescrire des exercices physiques appropriés, à visée thérapeutique, pour la gestion du patient dans son ensemble et dans ses particularités régionales.

 

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Dispensée sur deux ans, à raison de six modules de deux jours et demi par an, ce diplôme d’école devrait ouvrir en janvier 2016 et permettre à terme à la filière équine française de bénéficier d’une médecine vétérinaire à la pointe de la professionnalisation sur le plan kinésithérapique.

 

 

Yann SOUILLET-DESERT

 

 

[1] Étude des mouvements du point de vue physiologique

 

 

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