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La gourme est une maladie infectieuse très ancienne et contagieuse, causée par une bactérie : Streptococcus equi subspecies equi (S. equi). Propre aux équidés, elle affecte surtout les jeunes de moins de cinq ans, mais aussi des animaux plus âgés, avec en général des symptômes atténués.

Considérée comme une des « maladies fléaux » des derniers siècles, ayant beaucoup touché les effectifs des armées, elle est encore bien présente en France : en 2014, le RESPE (Réseau d’Epidémio-Surveillance des Pathologies Équines) a recensé27cas avérés de gourme (dans 24 foyers différents). Dernièrement un cas a aussi été détecté à Newmarket sur un pur-sang de retour du festival de la Dubaï World Cup. La concentration et la circulation d’animaux dans des centres d’entrainement ou sur des lieux de compétitions créent en effet des conditions propices à la transmission de cette maladie. La prévention reste le moyen le plus efficace pour lutter contre la gourme, et celle-ci passe notamment par la qualité du diagnostic en laboratoire.

 

 

Des impacts sanitaires et économiques sérieux

 

La gourme se caractérise par une inflammation de la muqueuse des voies respiratoires avec du jetage (d’abord séreux, puis muco-purulent), associée à une inflammation et une abcédation[1] des nœuds lymphatiques situés au niveau de l’auge[2]. Un épisode de gourme dans un élevage ou une écurie peut avoir des répercussions économiques très importantes :

  • invalidation des chevaux,
  • complications parfois graves pouvant allonger la durée et le coût du traitement,
  • convalescence de 4 à 6 semaines,
  • éradication complète pouvant durer au moins 3 mois,
  • forte mobilisation du personnel pour les soins curatifs et les opérations de prévention.

 

Si la morbidité[3] dans les effectifs peut être très élevée (de 30 à 100%), la mortalité[4] est en général faible (entre 0 et 10%). Malheureusement, à la suite d’une épidémie de gourme, jusqu’à 31 % des chevaux infectés peuvent devenir porteurs subcliniques[5]. Ce portage latent dans les poches gutturales des chevaux constitue le facteur de risque épidémiologique majeur de cette infection.

Les stratégies de lutte contre ce fléau sont bien connues et reposent sur l’isolement des cas suspects ou avérés et sur une mise en quarantaine attentive de ces animaux (fig.1). A ceux-ci nous devons aussi ajouter la reconnaissance précoce de la bactérie : la détection rapide et précise des chevaux infectés par S. equi est en effet fondamentale pour réduire l’impact économique et sanitaire de cette maladie.

 

Schéma Procédure Quarantaine Gourme

Fig.1 Procédure de quarantaine pour un nouvel animal entrant dans un effectif

 

Diagnostic de la gourme : un protocole spécifique et phasé

 

Les analyses de laboratoires sont une aide incontournable dans le diagnostic de la gourme. Elles servent à  évaluer l’étendue d’une épidémie ou à détecter les porteurs subliniques. Des protocoles diagnostiques efficaces sont donc requis pour permettre son identification la plus précoce et ainsi mettre en place les mesures de prévention adaptées.

Ainsi, l’évaluation de l’étendue d’une épidémie de gourme doit associer différentes méthodes de diagnostic  : la culture bactérienne, la réaction de polymérisation en chaîne (PCR ou polymerase chain reaction) et la sérologie.

Le diagnostic bactériologique est établi par ensemencement[6] des prélèvements sur des milieux de culture appropriés afin d’isoler puis d’identifier la bactérie en cause. Une première orientation est obtenue après 24 heures de culture. Le diagnostic définitif est établi au bout de 2 à 3 jours. « L’interprétation de résultats négatifs en bactériologie, notamment sur les prélèvements provenant de chevaux avec des signes cliniques typiques, doit être réalisée avec prudence. Des populations de bactéries autres et contaminantes peuvent masquer ou gêner le développement de S. equi sur les milieux de culture, donnant ainsi un résultat faussement négatif pour la gourme » précise le Dr Albertine Léon, chef du service Microbiologie-Biologie Moléculaire, dans le Pôle Recherche de LABÉO Frank Duncombe (Fondation Hippolia).

Le diagnostic par PCR, reposant sur l’amplification in vitro de séquences d’ADN spécifiques du génome de S. equi, permet quant à lui de confirmer un cas de gourme en quelques heures après la réception du prélèvement[7]. De nouvelles techniques de PCR permettent même l’amplification quantitative des gènes cibles avec une visualisation en temps réel du résultat. La technique PCR est donc plus rapide et plus sensible que la culture bactérienne. Même si elle ne permet pas de différencier les bactéries vivantes des bactéries mortes, un résultat positif en PCR atteste d’un cas avéré de gourme. L’utilisation conjointe de la bactériologie et de la PCR reste le protocole le plus fiable.

Enfin, l’examen sérologique est effectué à partir d’un prélèvement de sang. La  détection des anticorpsanti-S. equi dans le sérum des chevaux peut aider à identifier un cheval apparemment en bonne santé mais qui est un porteur subclinique, infecté permanent, et ainsi prévenir un nouvel épisode de gourme : le test iElisa (indirect enzyme-linked immunosorbent assay) actuellement utilisé en France indique, s’il est positif, une réponse sérologique à une exposition à S. equi mais ne permet pas de savoir si l’infection est en cours ni de mettre en évidence le statut de porteur (ces informations sont fournies par la culture bactérienne et la PCR).

 

S. equi : prospective et recherche

 

Le diagnostic rapide grâce à ces tests, et de bonnes mesures de biosécurité sont les stratégies les plus efficaces pour prévenir la propagation de la gourme. Les vaccins, ne conférant qu’une immunité à court terme, ne sont conseillés que dans les situations où il existe un risque élevé de contracter la maladie. Des progrès en matière de génétique et de connaissance du génome par séquençage offrent la possibilité de développer une nouvelle génération de tests. En outre, « Les tests PCR et iElisa offrent de nouvelles perspectives dans le suivi épidémiologique des infections à S. equi, ce qui laisse présager une meilleure maîtrise de la gourme au sein des élevages, centres d’entrainement, écuries et clubs équestres », ajoute le Dr Albertine Léon.

A ce sujet, des tests en vigueur en Grande-Bretagne et mis au point par le Dr Andrew Waller (Animal Health Trust – AHT) ont été récemment adaptés pour les besoins du marché français à LABÉO Frank Duncombe (Fondation Hippolia) par le Dr Albertine Léon. In fine, la sensibilité, la reproductibilité, la répétabilité et la spécificité ont été vérifiés, attestant de la maîtrise et du transfert de compétences entre les deux équipes. Ces tests ont d’ailleurs été utilisés lors des Jeux Équestres Mondiaux 2014 en Normandie.

Sur le plan bactériologique, la collaboration entre l’AHT et la fondation Hippolia est également de plus en plus étroite. Ainsi sur la base de souches S. equi fournies par LABÉO Frank Duncombe, le Dr Andrew Waller a pu poursuivre ses travaux sur la caractérisation moléculaire de cette bactérie. Ce travail fera notamment l’objet d’une communication orale lors du prochain Workshop Havemeyer à Copenhague au mois de mai.

 

 

Yann SOUILLET-DESERT

 

 

[1] Évolution locale d’une lésion infectieuse aboutissant à la constitution d’un abcès

[2] Ganglions sous-mandibulaires et rétro-pharyngiens

[3] Taux d’animaux atteints

[4] Pourcentage de décès par rapport au nombre d’animaux atteints

[5] Ne montrant pas de symptômes

[6] Introduction de germes bactériens dans un milieu de culture pour obtenir leur multiplication

[7] Les prélèvements de choix pour une recherche directe de S. equi sont les écouvillons nasaux ou naso-pharyngés, les lavages des cavités nasales ou des poches gutturales, et surtout les prélèvements des nœuds lymphatiques abcédés.

 

 

 

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