Découverte, sciences

Également appelée examen post-mortem ou nécropsie, l’autopsie est l’examen médical des cadavres. Ce terme, qui n’augure a priori rien de réjouissant, vient du grec autopsía et signifie «vue par soi-même». En clair, réaliser une autopsie c’est procéder à l’examen d’un corps en le disséquant selon un protocole précis et ordonné, et grâce auquel toute observation anormale ou suspecte sera soigneusement notée, décrite et répertoriée. In fine, les preuves et indices récoltés lors de ce processus serviront à établir les causes précises de la mort d’un animal.

 

 

De multiples utilités : de l’épidémiosurveillance à l’alimentation de données

 

L’activité d’autopsie bénéficie principalement aux professionnels de la filière équine comme service immédiat, mais elle apporte également à l’épidémiologie et à d’autres activités de recherche.

A l’échelle de la filière, la réalisation de nombreuses autopsies peut se révéler capitale, notamment pour la surveillance sanitaire. L’enregistrement puis le traitement des informations issues des animaux autopsiés permettent d’obtenir des données épidémiologiques descriptives sur les maladies, notamment sur celles mal connues ou mal documentées. A l’échelle de l’élevage, on peut  identifier les risques potentiels liés aux maladies nécessitant la mise en œuvre urgente de mesures de prophylaxie sanitaire et/ou médicale pour les effectifs. On parle ici essentiellement de maladies infectieuses contagieuses telles que la rhinopneumonie, l’artérite virale, la gourme, la salmonellose. C’est le cas également de maladies parasitaires, comme notamment les cyathostomoses larvaires ou les infestations massives mortelles par des Parascaris equorum. Enfin, il peut aussi s’agir de maladies liées à l’herbage ou à l’alimentation telles que la myopathie atypique, la maladie de l’herbe, l’intoxication par des glands, la leuco-encéphalomalacie.

Les examens nécropsiques sont également nécessaires aux progrès de la médecine vétérinaire puisqu’ils peuvent expliquer un échec thérapeutique ou les liens physiopathologiques entre plusieurs lésions, établir une chronologie des lésions observées ou dater leur ancienneté. Aussi, ces examens sont indiqués lors de sinistre sur un cheval assuré, de litige ou de procédure judiciaire. Également, l’autopsie peut être exigée par la compagnie d’assurance pour produire une preuve tangible et confirmer la maladie ou l’affection ayant conduit à l’euthanasie d’un animal assuré.

L’autopsie contribue à la formation professionnelle de techniciens, de chercheurs et de vétérinaires qui souhaitent se spécialiser dans cette activité ou élargir leurs champs de compétences. Enfin, elle peut permettre lenrichissement de collections biologiques, comme au Laboratoire de Pathologie Équine (LPE) de l’Anses, en alimentant une souchothèque bactérienne et virale, ainsi qu’une biobanque, réservoir précieux pour les travaux de recherche en pathologie infectieuse équine.

 

 

Des conditions préalables très strictes

 

Les chances de réussite de cet examen long et minutieux sous-entendent en premier lieu que plusieurs conditions soient réunies. En effet, l’autopsie doit être pratiquée le plus tôt possible après la mort, au plus tard dans les 48 heures, notamment en période chaude. « Au‐delà, les altérations cadavériques associées aux phénomènes de putréfaction rendent plus difficiles la détection et l’interprétation des lésions et aléatoires les résultats des examens histopathologiques et bactériologiques du fait respectivement de l’autolyse tissulaire et de l’invasion des tissus par des populations bactériennes non spécifiques », comme le précise le Dr Claire Laugier, directrice du Laboratoire de pathologie équine (LPE) de l’Anses en Normandie.

Comme pour les autres espèces animales, l’examen post-mortem d’un équidé est un acte vétérinaire qui donne lieu à un diagnostic. Il est  donc réalisé par un  vétérinaire ou sous sa supervision.. En effet, « nul ne peut prétendre pratiquer et interpréter efficacement sans posséder au minimum les connaissances anatomiques et anatomopathologiques nécessaires telles qu’enseignées dans les écoles vétérinaires », insiste Claire Laugier. De même, l’autopsie requiert de ces spécialistes de procéder à l’enregistrement ou à la prise de notes scrupuleuses et précises de tous les éléments observés au cours de l’examen.

 

 

Un processus standardisé pour une efficacité optimale

 

Avant de procéder à l’autopsie, le praticien doit se protéger à l’aide de vêtements jetables, ou sinon réservés à l’usage exclusif de l’autopsie, facile à nettoyer et à désinfecter. Le reste de l’équipement de protection comprend des bottes imperméables et lavables, des gants en plastique remontant jusqu’à l’épaule (type gant de fouille) maintenus en place par un élastique au‐dessus du biceps et recouverts au niveau de la main par des gants en latex de chirurgie. L’équipement se complète par tout un attirail d’instruments médicaux, chirurgicaux, et d’outils de découpe propres aux métiers de la viande.

Il est recommandé au praticien de procéder en installant les cadavres adultes en décubitus dorsal[1]: cette position permet en effet de minimiser les déplacements des viscères et d’accéder sans difficulté à tous les organes et tissus[2]. Dans les conditions de pratiques usuelles, le cadavre repose généralement sur le sol en décubitus latéro‐dorsal ou latéral. Ces dispositions sont des alternatives acceptables bien qu’elles imposent au vétérinaire une position de travail plus contraignante. Or, les autopsies sont des interventions longues et éprouvantes physiquement.

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Examen d’autopsie en laboratoire ©DMorel

 

La technique opératoire peut être adaptée à chaque cas particulier selon les recherches que le praticien est amené à entreprendre au fur et à mesure de la découverte des lésions. Cependant, le respect d’un protocole complet et rigoureux évitera les oublis, voire des erreurs, au praticien qui ne procède pas de façon courante à des autopsies. Celui-ci doit préférablement suivre l’ordre suivant :

  1. Recueil de l’anamnèse et des commémoratifs
  2. Identification de l’équidé
  3. Examen externe du cadavre
  4. Dépouillement et examen du tissu conjonctif sous‐cutané
  5. Ouverture, examen de la cavité abdominale et éviscération
  6. Ouverture de la cavité thoracique et éviscération des organes thoraciques
  7. Isolement du tractus respiratoire supérieur
  8. Isolement de la tête
  9. Examen spécifique des organes et tissus
  10. Examen de l’appareil locomoteur
  11. Examen de la colonne vertébrale

Le classement des lésions observées en termes d’anatomie pathologique générale (altération cadavérique, lésion agonique, lésion inflammatoire, lésion tumorale par exemple) ou en termes d’anatomie pathologique spéciale (bronchopneumonie stade hépatisation rouge, arthrite séreuse, etc.) ne sera fait qu’au moment du bilan d’interprétation qui précède la rédaction du rapport. C’est alors que le praticien s’interrogera sur l’ancienneté de chaque lésion, sa signification et son poids pathologique, son rôle dans la mort de l’animal (des lésions significatives peuvent être présentes et sans lien avec la cause de la mort), les séquences physiopathologiques ou pathologiques qui relient les diverses lésions entre elles. Le praticien vérifiera ensuite la cohérence entre les signes cliniques enregistrés avant la mort et la nature des lésions.

 

 

Des résultats concrets en Normandie

 

Cette activité d’autopsie, en tant qu’outil de surveillance épidémiologique, est l’un des cœurs de métier de l’unité épidémiologie et anatomie pathologique du LPE sur le site Hippolia de Goustranville en Normandie. « Au-delà de sa mission qui est également de répondre aux besoins quotidiens de la filière équine régionale en matière de diagnostic nécropsique complet et fiable, cette unité, conformément aux axes prioritaires de l’Anses, concentre ses missions sur la surveillance épidémiologique et intègre le pôle Surveillance de l’Anses. », confirme le Dr Claire Laugier, avant d’ajouter que « le travail de l’unité joue un rôle d’observatoire régional des maladies équines. Le recrutement large et non sélectif des animaux autopsiés est facilité par le soutien financier du Conseil régional de Basse-Normandie qui permet de pratiquer des tarifs d’autopsie bas. Ainsi sont examinés des équidés en provenance de tous types de structures : les animaux proviennent aussi bien de particuliers que de haras de chevaux de course très réputés. »

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Bâtiment d’autopsie du LPE (Anses) sur le site Hippolia de Goustranville en Normandie ©Anses

 

Par ailleurs, lors d’une demande d’autopsie en Basse-Normandie, le laboratoire prend en charge le transport des équidés morts de plus de six mois dans un rayon de 200 km à l’aide d’un camion spécialement équipé. Ce service de collecte des animaux morts, indépendamment de leur localisation géographique en Basse-Normandie, facilite le recrutement des cas.

Depuis la création du Laboratoire de Pathologie Équine en 1986, plus de 8 000 autopsies ont été réalisées, en ayant recours à un protocole standardisé, confirmant bien l’intérêt de la filière équine régionale pour cette activité. Aujourd’hui, le LPE procède à environ 250 examens par an.

 

 

Yann SOUILLET-DESERT

 

 

[1] Allongé sur le dos

[2] Cette technique requiert de disposer d’une table d’autopsie pour grandes espèces et d’un appareil de levage pour y placer le cadavre

 

 

 

 

 

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