Découverte, sciences

 Les cyathostomes et Parascaris equorum sont considérés de manière consensuelle comme les principaux parasites d’intérêt chez les équidés. En effet, ces deux groupes de parasites possèdent un pouvoir pathogène élevé.

Actuellement, le phénomène de résistance aux vermifuges concerne principalement ces deux parasites. Ainsi, l’accroissement des charges parasitaires lié à la présence de populations vermineuses résistantes et aux échecs de traitement associés pourrait être à l’origine de conséquences cliniques graves.

En raison du faible nombre de molécules disponibles et des perspectives très limitées de développement de nouveaux principes actifs, la lutte contre le développement et la diffusion des résistances est maintenant une urgence.

photo rhodococcose paddock poussiéreux

Quelles molécules sont concernées et dans quels pays ?

Depuis une trentaine d’années environ, trois familles d’antiparasitaires sont disponibles pour le traitement et le contrôle des infestations par des nématodes parasites chez les équidés. A l’échelle du marché mondial, les lactones macrocycliques sont les vermifuges les plus utilisés.

Le tableau ci-dessous présente la répartition géographique de la résistance aux antiparasitaires chez les cyathostomes et Parascaris equorum :

Anthelminthiques

Famille chimique

Parasites (espèce ou groupe)

Cyathostomes

Parascaris equorum

Statut Localisation Statut Localisation
Benzimidazoles

(exemples de spécialités commerciales : Panacur, Telmin)

Résistance Tous les Pays industrialisés dont 11 pays européens Sensibilité
Pyrantel

(exemple de spécialité commerciale: Strongid)

 

 

Résistance

Etats-Unis, Canada, Brésil, France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Danemark, Finlande, Norvège, Suède, Suisse  

 

Résistance

 

 

Etats-Unis

 

Lactones macrocycliques :

Ivermectine

Moxidectine

(exemples de spécialités commerciales : Eqvalan, Equest, Furexel, Eraquell…)

 

 

 

 

 

Réduction d’efficacité

 

Etats-Unis, Brésil, Australie, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, France, Finlande

 

Résistance

 

 

 

Etats-Unis, Canada, Brésil, Pays-Bas, Suède, Danemark, Finlande, Italie, Allemagne, France

 

Par exemple, en France, une étude récente portant sur 30 élevages répartis dans 12 départements a confirmé la présence de cyathostomes résistants aux benzimidazoles avec une fréquence élevée (94% des élevages testés).

Concernant le pyrantel, la résistance a été constatée dans 6 élevages sur 30 soit dans 20% des cas. Aux USA, où contrairement à l’Europe, le tartrate de pyrantel est disponible depuis plus de 20 ans sous une forme administrée quotidiennement à faible dose dans l’alimentation, la résistance est plus répandue.

Enfin, il est important de noter que des populations multi résistantes de cyathostomes (résistants à la fois aux benzimidazoles et au pyrantel) sont présentes en France. Au Brésil, une résistance aux 3 familles d’anthelminthiques a déjà été observée.

 

Comment diagnostiquer la résistance dans son haras ?

A l’heure actuelle, chez les chevaux, le test de réduction du nombre d’œufs ou FECRT (fecal egg count reduction test) est la seule méthode adaptée à l’évaluation de l’efficacité d’un antiparasitaire sur le terrain. Ce test in vivo est le plus couramment utilisé malgré une absence de recommandations spécifiques pour sa réalisation chez les équidés. Il permet d’estimer l’efficacité d’un anthelminthique, soit en calculant la réduction moyenne du nombre d’œufs dans un même lot de chevaux avant et 14 jours après traitement, soit en comparant l’excrétion d’œufs dans le groupe traité à celle dans un groupe témoin.

 

Quelles sont les méthodes de contrôle durable ?

Les objectifs des programmes de prophylaxie antiparasitaire ne sont plus seulement de préserver la croissance et la santé des chevaux mais également de ralentir l’apparition des résistances. Il est donc fondamental de réduire la pression de sélection qui découle de l’administration des traitements et de préserver ainsi un niveau suffisant de refuges. Ces refuges correspondent aux parasites non exposés aux antiparasitaires (parasites hébergés par des chevaux non traités, stades libres, larves enkystées) et qui, par conséquent, ne sont pas soumis à la pression de sélection. Aussi, il faut pouvoir garantir qu’une majorité de vers n’est pas exposée à chaque traitement, en ne traitant pas tous les chevaux par exemple.

De manière générale, la gestion sanitaire d’un cheptel d’équidés nécessite la constitution de lots d’animaux par catégorie d’âge et statut physiologique, un certain nombre de mesures s’appliquant simultanément à l’ensemble des animaux d’un même lot (pâturage commun, changement de pâture, tests coprologiques) ou à une partie d’entre eux (traitements).

 

Pourquoi mettre en place des traitements sélectifs ?

La pratique des traitements sélectifs permet de maintenir des refuges parasitaires chez des chevaux non ou peu traités.

Au Danemark, dans la majorité des établissements hippiques, chaque cheval fait l’objet d’une analyse coproscopique deux fois par an, au printemps et en automne et seuls les chevaux éliminant plus de 200 œufs de strongles par gramme de fèces sont traités. Le traitement exclusif des équidés excrétant au moins 200 œufs/g avec des molécules efficaces conduit à ne traiter qu’environ 50% de l’effectif mais permettrait une réduction d’environ 95% de l’excrétion fécale globale.

 

Dans les troupeaux de chevaux adultes (> 3 ans) pâturant ensemble et partageant les mêmes populations parasitaires, l’excrétion d’œufs de strongles est distribuée de façon hétérogène et environ 20% des chevaux excrètent la quasi-totalité des œufs (80%). On peut ainsi classer les chevaux en 3 catégories selon leur niveau d’excrétion d’œufs (faible excréteur, moyen et fort excréteur). Pour des chevaux adultes entretenus en troupeau, et au moins une partie de l’année au pâturage, les schémas de vermifugation suivants sont proposés :

-          les faibles excréteurs (0-200 œufs/g) sont traités deux fois par an, au printemps et en automne.

-          les excréteurs modérés (200-500 œufs/g) sont traités trois fois par an. Aux deux traitements larvicides vient s’ajouter une administration de pyrantel (ou de benzimidazole en l’absence de résistance) à la fin du printemps.

-          les forts excréteurs (>500 œufs/g) sont traités quatre fois par an. Le quatrième traitement est à nouveau larvicide et administré au milieu de l’été.

 

Autres recommandations relatives aux traitements

-          Eviter les sous-dosages

-          Eviter l’introduction de vers résistants : tout nouvel arrivant adulte, ou les juments qui reviennent au haras, sont traités avec une lactone macrocyclique, de préférence de la moxidectine associée à du praziquantel, puis isolés en box pendant au moins 72 heures avant d’avoir accès aux herbages. Chez les poulains de moins de 6 mois, on cherche plutôt à éviter l’introduction d’ascaris résistants aux lactones macrocycliques; ils seront traités avec du pyrantel.

-          Mesures appliquées à l’environnement des chevaux : plus de 90% des éléments parasitaires sont présents dans l’environnement et seulement moins de 10% dans les chevaux. Les mesures externes visant à interrompre les cycles et à limiter les réinfestations ont donc un impact bien supérieur à celui de la prophylaxie médicale dans le contrôle du parasitisme digestif des équidés. Les infestations strongyliennes se produisent quasi-exclusivement sur les pâtures. Quel que soit le niveau d’hygiène des écuries, les conditions ne sont en général pas favorables au développement des formes libres des cyathostomes alors que les œufs de P. equorum persistent plusieurs années dans les écuries. Ainsi, pour les cyathostomes, les mesures à mettre en place viseront principalement à réduire les risques d’infestation sur les herbages alors que pour P. equorum, elles porteront à la fois sur les locaux d’hébergement des poulains (boxes, stabulation) et sur les surfaces pâturées.

 

A noter que des traitements alternatifs semblent prometteurs au vue de leur activité antiparasitaire, à l’image de certaines plantes, comme le sainfoin, ou des champignons prédateurs naturels des nématodes (D. flagrans). Ce mode de contrôle biologique viendrait enrichir les programmes classiques ayant déjà intégré des mesures zootechniques, agronomiques et chimiothérapeutiques. Il ne saurait se substituer totalement aux moyens chimiques mais permettrait de s’affranchir partiellement de l’administration d’anthelminthiques avec, en perspective, une augmentation de la durée d’efficacité des molécules les plus couramment employées.

 

CONCLUSION

Les chevaux continuent souvent d’être vermifugés trop fréquemment et leurs détenteurs ne collaborent pas suffisamment avec leur vétérinaire traitant pour l’élaboration de programmes de contrôle parasitaire durables adaptés à la situation et aux caractéristiques de l’élevage.

La complexité de l’élaboration des programmes de contrôle du parasitisme et les compétences requises confèrent aux vétérinaires praticiens un rôle majeur dans la nécessaire réforme des pratiques. Les efforts de recherche devront se concentrer sur la mise au point de méthodes de diagnostic de la résistance fiables et utilisables en routine, dont des tests moléculaires, ainsi que sur l’exploration de solutions thérapeutiques alternatives ou adjuvantes.

 

Toutes les actualités